L’aventure commence dès lors qu'on accepte de sortir de sa zone de confort...

Le lac Tekapo en Nouvelle-Zélande

Le lac Tekapo en Nouvelle-Zélande

samedi 27 mai 2017

Voyages, tourisme de masse et quête d’authenticité

Par cet article, je souhaite participer à une réflexion plus vaste sur le voyage et le tourisme, au-delà du récit de mon tour du monde.
Qu’y a-t-il derrière le mythe du "vrai voyageur", qui ne serait pas un "touriste" avec tout ce que ce dernier mot comporte de péjoratif ? D’ailleurs, quelle est la différence entre un "voyageur" et un " touriste" ? Comment analyser le phénomène du tourisme de masse ? Comment comprendre cette quête d’authenticité recherchée par de plus en plus de gens ? Que signifie vraiment sortir des sentiers battus ? Et pourquoi est-ce parfois difficile d’assumer qu’on reste un touriste même si on se considère comme un voyageur ? Vastes sujets et passionnants débats !

L’idée de rédiger cet article m’est venue en lisant ce joli petit texte écrit par une française installée au Costa Rica : « Ma définition du voyage, c'est un lâcher prise, un désir de découverte et d'échange culturel sans jugement, c'est aussi faire preuve d'une certaine humilité et d'empathie. Le voyageur n'est pas pressé, il n'a pas d'attente, il s'enrichit de ce qui se trouve sur son chemin. Ma définition du tourisme est très différente. C'est un acte qui est totalement consumériste. On a un mode d'emploi (saint Lonely Planet, priez pour nous), on veut tout voir en un temps déterminé (comment ça, les oiseaux que j'ai commandé ne sont pas en rayon ?) et surtout on veut en avoir pour son argent... on veut les infrastructures qui facilitent cette consommation et en même temps on voudrait être le seul à profiter du paysage... »

Sommaire

  • Voyager en groupe ou voyager seul
  • Et l’industrie touristique créa le tourisme de masse…
  • Effets pervers et contradictions du tourisme de masse
  • La quête d'authenticité
  • Les effets pervers de la quête d’authenticité
  • Expériences authentiques ou stratégie marketing attrape-touristes ?
  • Le scandale du business du volontourisme
  • Parfois l’authenticité n’est pas celle qu’on croit…
  • Sortir des sentiers battus
  • Lorsque le marketing s’empare du concept "hors des sentiers battus"
  • Mes conseils pour voyager hors des sentiers battus et trouver une certaine authenticité sans tomber dans « l’attrape-touristes »
  • Pourquoi partir en vacances pour chercher le même confort que chez soi ?
  • Assumer (ou pas) le fait d’être un touriste
  • En conclusion…


  • Voyager en groupe ou voyager seul
    J’ai remarqué que la majorité des touristes voyage en groupe accompagné d’un guide. Pour certains, cela constitue une sécurité. D’autres ne savent simplement pas comment faire ou à qui s'adresser pour voyager différemment. Le principe des groupes encadrés est de voir un maximum de choses en un minimum de temps. Il y a plusieurs inconvénients à cette formule : on est dépendant du timing décidé par le guide, aucune improvisation n’est possible et il y a très souvent une halte obligatoire dans un magasin de souvenirs qui verse en échange une commission au guide.
    Voyager seul (ou en couple ou en famille, avec éventuellement un guide recruté sur place) permet la quiétude, l’observation, les rencontres avec les locaux ou avec d’autres voyageurs individuels, cela favorise les discussions, les échanges, etc. Partir en routard avec son sac à dos apporte une grande liberté, car on s'arrête où on veut, et on partage ses repas et ses excursions avec qui on veut.
    Cependant, vouloir tout visiter et tout connaitre d'un pays en 8 ou 15 jours est une idée qui plaît à un maximum de gens. Et puis, tous les goûts sont dans la nature : si le voyage en groupe (circuit organisé) ou en séjour all inclusive dans un hôtel club leur apporte satisfaction et repos, s'ils ont besoin de se sentir encadrés et en sécurité, s'ils sont heureux de leurs (courtes) vacances, s’ils rentrent bronzés et la mine réjouie, alors que demander de plus ?...

    Et l’industrie touristique créa le tourisme de masse…
    En France, les premiers congés payés (1936) ont permis aux gens de "partir" découvrir la mer ou la montagne, en se déplaçant à vélo, en moto, en train et en voiture, et en faisant beaucoup de camping.
    Cela a donné naissance quelques décennies plus tard au fameux tourisme de masse (qu’on pourrait définir par « tourisme accessible aux classes moyennes et non plus uniquement à une élite fortunée ») qui s’est beaucoup développé grâce aux vols "low cost" et aux promotions diverses : prix discount, séjours dégriffés, crédits sans frais, etc.
    Le tourisme de masse est le reflet d'une époque - consumériste - et aujourd'hui il est difficile de pouvoir l'éviter. Même si on cherche à fuir le tourisme de masse, l'étau se resserre de plus en plus avec l’augmentation constante du nombre de touristes au niveau mondial (cf. l’explosion récente du nombre de touristes chinois)...
    Cependant, le tourisme de masse provient aussi de l’accumulation de voyageurs au long cours (dont je fais partie), car les voyageurs au long cours finissent tôt ou tard par se retrouver dans les mêmes endroits, lorsqu’il s’agit de visiter un « incontournable » (le désert d’Atacama au Chili, le Machu Picchu au Pérou)... Les backpackers, ces jeunes voyageurs qui explorent les coins les plus reculés du monde, ouvrent ainsi sans le savoir la voie au tourisme de masse. Les sites internet, blogs de voyage et guides de voyage ont aussi leurs effets pervers, car ils banalisent les voyages et au final nous envoient tous dans les mêmes endroits…
    Quand on se balade hors des sentiers battus, seul au milieu de paysages de rêve, souvent il n'y a pas encore de tourisme de masse parce qu’il n'y a pas d'infrastructure hôtelière... C’est donc souvent la présence d’hébergements touristiques (et de transports pour s’y rendre) qui conditionne l’existence d’un tourisme de masse.

    Effets pervers et contradictions du tourisme de masse
    Si le tourisme de masse permet à l’industrie touristique de prospérer et crée des emplois, il a aussi des effets pervers : il génère une forte augmentation de la pollution de l’atmosphère et de la mer à cause de la surpopulation touristique. En effet, les stations d'épuration (quand elles existent !) peuvent difficilement gérer quatre fois plus de monde qu’en temps normal, et les gros embouteillages de voitures pour aller à la mer en été et au ski en hiver génèrent une importante pollution au gaz carbonique et aux particules fines. Enfin, la construction de gros complexes touristiques en bord de mer ou en montagne dénature un paysage jadis vierge et sauvage.
    Il y a des endroits qui concentrent énormément de touristes, où tout est fait pour eux, où les locaux ne vont plus car les prix ont flambé à cause des touristes, etc. Ce genre d'endroit me met mal à l’aise, mais doit-on s'empêcher de visiter un lieu mythique et très beau (comme le Macchu Pichu ou le Taj Mahal) juste parce qu'il y a trop de touristes  ? Non bien sûr, mais après la visite il est toujours possible d’aller dans un autre quartier pour "respirer".
    Donc le tourisme de masse nous bénéficie à titre individuel, mais il nous crée aussi des agacements. Beaucoup de vacanciers bénéficient des prix attractifs, des transports et des infrastructures du tourisme de masse, mais en même temps cherchent à le fuir... « Ah, comment éviter tous ces gens au coucher ou au lever du soleil devant les temples d’Angkor ?... » Ou comment vouloir tout et son contraire, le beurre et l’argent du beurre…
    Personnellement, j’essaie autant que possible d’éviter le tourisme de masse, mais réflexion faite, ses adeptes ne me dérangent pas tant que ça. Car imaginez si tous ces gens qui aiment se regrouper dans des usines à touristes étaient éparpillés dans des lieux « authentiques » ou « hors des sentiers battus », alors les « vrais voyageurs » auraient beaucoup moins d'espace pour voyager ! C'est un peu comme à la plage, les gens aiment bien s'entasser tout près des voies d'accès et il suffit souvent de quelques minutes de marche pour être tranquille. Donc, très égoïstement, on peut ne pas souhaiter que les touristes à l'instinct grégaire modifient leur comportement… Vive les "enclos" à touristes de masse !


    La quête d'authenticité
    Aujourd’hui, de plus en plus de touristes sont en quête de dépaysement et d'authenticité. Cette quête s'inscrit dans une recherche de sens, comme un refuge de la modernité, mais c’est aussi une manière de contrer la standardisation qui découle du tourisme de masse.
    Au fur et à mesure que l'industrie touristique se développe, beaucoup d'endroits qui étaient beaux et sauvages à l’origine sont bétonnés deviennent des « Disneyland » (ex. les chutes du Niagara). Heureusement, en s’écartant un peu des itinéraires balisés des guides touristiques on en trouve d'autres qui ont conservé leur authenticité.
    Les touristes qui veulent de l'authentique achètent souvent le Guide du Routard ou le Lonely Planet, ce qui est une bonne idée. A condition d'éviter la rubrique "Top 10" du guide, sous peine de se retrouver avec une autoroute de touristes. Sinon, le meilleur moyen d'aller découvrir des endroits paisibles et préservés des touristes c'est souvent d'écouter les conseils des autres voyageurs rencontrés en chemin (en général : dans les bus ou dans les auberges de jeunesse). L’authenticité d’une destination ou d’une expérience est un concept extrêmement flou et très subjectif. Cela relève essentiellement du ressenti personnel, mais aussi de la connaissance que l’on a du pays visité. Pour être qualifiée d’authentique, l'expérience doit être pure, humaine, honnête, simple et désintéressée. Le voyageur affiche un désir de vivre des expériences qu’il va qualifier de « vraies », c’est-à-dire des expériences qui représentent ce qui se passe dans la « vraie vie » des habitants des lieux visités, mais aussi le côté préservé et sauvage de lieux immaculés. Qui ne rêve pas d’être le premier à fouler un sol resté intact ?...
    L'authenticité n'est jamais que l'idée qu'on s'en fait. Sa définition varie d'un individu à l'autre. Prenons l’exemple de l'Inde, un pays que j'aime beaucoup. J'entends souvent dire "Tel endroit (Goa par exemple), ce n'est pas l'Inde". Tiens donc. Cet endroit se trouve pourtant bien en Inde, mais il a évolué, il s'est transformé avec le temps. Bref, quand ce n'est plus « comme au bon vieux temps », ce ne serait plus "authentique" ?… Bien souvent ce qu'on considère comme authentique, ce n'est que de l'exotisme, une vision qu'on projette sur un pays, une ville ou une région et que l'on cherche à retrouver en l'état. Et bien souvent cet exotisme n'a plus rien d'authentique. Les gens qui partent "en quête d'authenticité", la plupart du temps, veulent juste voir un lieu qui n'aurait pas changé depuis des décennies, du pittoresque à prendre en photo. Ceci, en éludant complètement que ce qui représente un pays la plupart du temps, c'est le pays actuel et non systématiquement ses "vieilles pierres"... Du coup, certains cherchent à enlever le touriste du cadre de la photo ou le téléphone mobile des mains d’un membre d'une ethnie afin de rendre ce dernier plus « authentique »…
    Bref, beaucoup de voyageurs voudraient qu’on leur serve sur un plateau l'authenticité d'un pays ou d'une population.


    Les effets pervers de la quête d’authenticité
    On dit souvent « authentique » alors qu'en fait on pense « traditionnel et exotique ». Il faut faire attention à la fréquente mise en scène du folklore « traditionnel » d’une population dans l’unique but de divertir les touristes et en tirer de l'argent. Par exemple tel village où des « artisans traditionnels » fabriquent des produits artisanaux habillés en costume local et avec des outils traditionnels alors que c'est juste pour le show, ou encore certains pêcheurs « traditionnels » du lac Inle en Birmanie qui prennent exprès la pose toute la journée (debout en équilibre sur leur bateau) juste pour se faire photographier dans leur technique de pêche traditionnelle.
    Pêcheur du lac Inle qui fait son show
    Pour préserver sa culture (donc son authenticité), le royaume du Bhoutan (Himalaya) a décidé de limiter le tourisme. Le visiteur doit débourser environ 200 USD par jour (ce qui inclut hôtel, repas, voiture et guide). Plutôt cher pour un routard qui dépense 10 USD par jour dans les pays avoisinants (Inde, Népal, Thaïlande…). Résultat : le Bhoutan s'est transformé en géante station écobouddhiste pour riches.
    Enfin, dès qu'il y a rapport d'argent avec la population c'en est souvent terminé de l’authenticité des relations humaines (ex. à Cuba).


    Expériences authentiques ou stratégie marketing attrape-touristes ?
    Souvent, ça m'agace un peu, cette revendication de touristes qui préparent leurs prochaines vacances et qui déclarent « on voudrait de l'authentique ». Car si l’idée est bonne, il faut savoir que l’authentique ne s’achète pas, cela se mérite. Ou alors c’est du « faux authentique » (ex. quand des indigènes quittent leurs jeans et enfilent leurs vêtements traditionnels lorsqu’un groupe de touriste arrive dans leur village). Attention à la mise en scène de la culture qui ne reflète souvent en rien la réalité de la vie locale.
    Folklore chinois pour les touristes
    Les tourismes communautaire, responsable, durable ou équitable sont plus authentiques que le tourisme de masse, car les échanges culturels y sont plus importants. Mais certains agents touristiques flairent le bon filon et peuvent dénaturer ces initiatives : par exemple, dans le nord du Laos j’ai été surpris par cette mode des agences de tourisme équitables qui sont en train de fleurir et deviendront ou sont en train de devenir aussi du tourisme de masse...


    Le scandale du business du volontourisme  
    A propos du « faux tourisme authentique », il faut signaler le scandale du « faux humanitaire » (ou « tourisme humanitaire »). Oui, vous avez bien lu, ce n’est pas une – mauvaise – blague. En bref, des entrepreneurs sans scrupules s’en mettent plein les poches en proposant à des touristes de payer (cher, genre 1600 euros pour 3 semaines, hors billet d'avion qu'il faudra payer en plus) pour faire du bénévolat humanitaire, en affirmant la main sur le cœur que l’argent versé servira au développement du village ou de l'orphelinat… Attention arnaque !!! Payer (cher) pour pouvoir travailler, ça ne vous semble pas bizarre ???... Lorsqu'on travaille gratuitement, sans salaire, le "deal" habituel est que l'employeur vous fournit en échange l'hébergement et souvent la nourriture (c'est le principe des petits boulots à l'étranger qu'on trouve via les sites web Woofing, HelpX ou WorkAway). Pourtant l’idée du volontourisme est séduisante : partir au Népal, au Cambodge ou au Burkina Faso pour aider à la construction d’orphelinats, à l’installation de filtres à eau ou pour donner des cours d’anglais à des enfants défavorisés. Ces "volontouristes" - dont la plupart sont des occidentaux - pensent faire acte de solidarité, mais ils participent à leur insu à un business sans scrupule : orphelinats montés de toutes pièces pour accueillir les touristes, ou encore des enfants volés à leurs parents pour jouer aux "faux orphelins"… Un signe qui ne trompe pas si vous êtes tenté par le volontariat : contrairement aux ONG, ce genre d'organisme ne vous recrutera jamais sur vos compétences (diplôme de prof d'anglais, expérience de travail avec des enfants, titre d'ingénieur en bâtiment...), car en fait ils s'en foutent totalement de vos compétences, ce qui compte pour eux c'est juste votre FRIC !...
    Pour éviter les arnaques, le mieux est de contacter de vraies ONG (Handicap International, UNICEF...) ou Clong Volontariat (www.clong-volontariat.org) qui est un collectif d’associations concernées par le volontariat de solidarité internationale.
    Pour en savoir plus, lire ce bon article sur le sujet et surtout celui-ci (ainsi que les reportages vidéos).


    Parfois l’authenticité n’est pas celle qu’on croit…
    Le voyage c'est ce que l'on veut bien voir. On peut trouver exotique une rue de Marseille et terriblement ennuyeuse une rue de Bangkok. Quand on est quelque part, n'importe où, on peut rencontrer des habitants, voir des sites, découvrir une part de la culture et tout cela représente une partie de la réalité du pays sans être l’image d’Epinal de la représentation du pays.
    Que pensez-vous que le voyageur étranger s'attend à trouver lorsqu'il est à la recherche de « l'authenticité » quand il vient visiter la France ? S'il s'attend à trouver un type avec une baguette sous le bras, un litre de rouge dans l’autre main et un béret sur la tête alors il risque d’être déçu... Un français authentique, pour moi, c'est un mixage de tout le brassage des civilisations qui forme notre pays. Un peu de toutes les couleurs, un peu de toutes les cuisines, un peu de toutes les musiques, etc. La fausse authenticité, ce sont tous les clichés qui sont véhiculés par les journaux télévisés ou par les films du genre Amélie Poulain.
    Bref, chacun voit l’authenticité en fonction de sa propre sensibilité et de son degré d’information sur le pays visité. Donc l'idée même d'authenticité ne veut pas dire grand-chose : quelque-chose peut très bien sembler authentique pour quelqu’un, et artificiel pour quelqu’un d’autre. Chacun voit midi à sa porte.


    Sortir des sentiers battus
    De plus en plus de voyageurs cherchent à sortir des sentiers battus du tourisme classique. Mais chacun a sa propre perception de l’expression "hors des sentiers battus". Je prends pour exemple l’Inde. Pour un occidental, le simple fait de découvrir l’Inde (New Delhi, Varanasi, le Kerala, le Rajasthan…), c'est déjà sortir des sentiers battus (lire mon article consacré à l’Inde). Par conséquent, cette expression "sortir des sentiers battus" n'a pas forcément de sens.
    Pour les routards, voyager "hors des sentiers battus" ça signifie partir au hasard avec son sac à dos et aller là où le vent nous porte, c’est se laisser guider par ses coups de cœur. C’est aussi aller visiter des coins peu fréquentés des touristes, découvrir la culture et la tradition locales, faire des rencontres humaines et si possible dormir chez l'habitant.


    Lorsque le marketing s’empare du concept "hors des sentiers battus"
    Lorsqu’on met une étiquette "hors des sentiers battus" quelque part, tout le monde s'y précipite en croyant que c'est plus authentique qu'ailleurs. Au final on assiste, d'une façon assez subtile, à un déplacement des « antis touristes de masse » vers le « tourisme de masse hors des sentiers battus ».
    Joli coup marketing des tours operators et des agences de voyage, dont les catalogues proposent désormais des packages de voyages dits « authentiques » ou « hors sentiers battus ». Ces voyages coûtent souvent très cher même s’il y a moins de confort, car les touristes paient le fait de ne pas se retrouver entassés les uns sur les autres… Le concept de voyager "hors des sentiers battus" (au sens de visiter des territoires vierges et immaculés) pourrait donc bientôt devenir une mode touristique réservée à un certain public aisé (ex. se rendre sur des lieux difficiles d’accès en hélicoptère, effectuer une croisière hors de prix en Antarctique…).



    Mes conseils pour voyager hors des sentiers battus et trouver une certaine authenticité sans tomber dans « l’attrape-touristes »
    Voyager hors des sentiers battus n'a rien d'un luxe. Il suffit la plupart du temps de suivre ces quelques conseils :
    - aller dans les coins dont ne parlent pas les guides touristiques (en assumant le risque de ne rien voir de ce que beaucoup considèrent (à tort ?) comme étant les incontournables du pays) ; donc si c'est une fin en soi d'aller là où les autres ne vont pas, ce n'est ni très compliqué, ni très cher.
    - éviter de programmer la date de son voyage durant la plus forte saison touristique, car sinon vous allez tout payer plus cher (transports, hôtels, activités…), et en plus ce sera la méga affluence touristique donc adieu la tranquillité.
    - lorsqu’on va visiter un haut lieu touristique, essayer dans la mesure du possible d'arriver tôt (ou tard) sur le site avant de ne pas y être en même temps que les groupes des tours operators.
    - dès qu’on s’écarte des zones touristiques d’un pays (ex. au Pérou dès qu’on s’écarte de la zone de Cuzco et du Machu Picchu), le rapport avec les locaux redevient différent, plus humain, respectueux et désintéressé.
    - partir se balader seul sur un sentier pour admirer tranquillement un paysage ou simplement pour se ressourcer : en effet, rester tout le temps en groupe en bavardant avec des gens de son propre pays empêche souvent d’être connecté à soi-même et d’entrer en contact avec la culture locale.
    - prendre le temps de discuter avec les locaux, qui seront ravis de vous faire découvrir autre chose que les attractions touristiques ; cela suppose évidemment de faire l'effort d'apprendre leur langue.
    - faire l’effort de communiquer avec des gestes et des sourires si on ne parle pas la langue de notre interlocuteur local, afin qu’une émotion réciproque et positive puisse naître de cet échange minimal.
    - ne jamais oublier que l’humilité reste le seul et unique passeport pour entrer en contact avec les populations locales.
    - aller dormir chez l’habitant (par exemple via le couchsurfing, dont la philosophie est de favoriser les échanges interculturels via un hébergement gratuit chez l’habitant).
    - loger hors zone touristique et manger dans les restos "où vont les locaux".
    - essayer d'aller se perdre dans les petites rues, prendre les transports en commun locaux.
    - traverser un pays ou un continent en auto-stop, à vélo ou à moto (en assumant le risque de vadrouiller dans l'inconfort total) : ainsi vous croiserez peu de touristes et vous rencontrerez plein de locaux ; mais il faut savoir ce que l'on veut : si c’est un voyage tranquille, reposant, après une année de dur labeur, alors vive le bus climatisé et l’hôtel 4 étoiles !


    Pourquoi partir en vacances pour chercher le même confort que chez soi ?
    Certains touristes souhaitent retrouver tout leur petit confort lorsqu’ils partent à l'étranger. Forfaits "all inclusive", hôtels clubs, paquebots de croisière géants…
    Souvent ces touristes ne verront quasiment rien du pays où ils se trouvent, n'auront aucun contact avec la population locale, ou, pire, critiqueront le peu qu'ils apercevront. A cela il faut souvent ajouter une ignorance totale des coutumes du pays, le désintérêt d’apprendre une langue étrangère à la leur, un dédain de la cuisine locale, et une attitude arrogante de type néo-colonialiste vis-à-vis des locaux.
    Il y a aussi tous ces gens qui veulent tout et son contraire : « voyager hors des sentiers battus » mais avoir en un clic des infos sur ces destinations inconnues, des hôtels avec la TV satellite, des activités, des money changer, des locaux qui parlent anglais, etc. Sans compter celles et ceux qui s'étonnent que les moustiques attaquent le soir, sans avoir posé un préavis : « c’est scandaleux ! ». Bref, certains voudraient voyager, mais comme chez eux...

    Assumer (ou pas) le fait d’être un touriste
    De très nombreux routards ne supportent pas d’être qualifiés de touristes : c’est pour eux une insulte équivalente à « plouc » ou « franchouillard ». Durant mon tour du monde j’ai souvent croisé des voyageurs français qui déclaraient avec fierté « ah, mais MOI je ne suis pas un touriste !... ».
    Je trouve cette attitude assez grotesque et prétentieuse, car quoi qu’on fasse, où qu’on aille, QUAND ON VOYAGE POUR LE PLAISIR ON RESTE UN TOURISTE, même si ça nous ennuie qu’on nous range dans une catégorie, qu’on nous mette dans une petite case (toujours cette prétention occidentale d’être tellement unique que personne n’aurait le droit de nous mettre une étiquette !). Même si on essaye de parler la langue locale, de respecter les us et coutumes locales, à un moment donné on se fera démasquer, eh oui on est un touriste ! Et comme les autres touristes on ira admirer les musées de New York, le Taj Mahal en Inde, les plages de rêve du Brésil ou le Machu Picchu au Pérou.

    En conclusion…
    Je pense que devenir un « vrai voyageur », cela s’apprend, il y a des étapes à franchir, une maturité à acquérir, d’ailleurs j’ai moi-même commencé à voyager hors d’Europe grâce à des voyages organisés, avant de devenir un « routard »...
    Un « bon voyageur » doit savoir rester humble et respectueux dans le pays qui l’accueille.
    « Voyager authentique », c’est aller à la découverte des lieux, des personnes, des monuments, etc. et non pas rester cloitré dans des hôtels quatre étoiles pendant deux semaines sans avoir la curiosité d'aller parler avec les habitants ni d’explorer les alentours. Pour moi, le voyage trop aseptisé du genre une semaine en hôtel club ou en paquebot de croisière géant, ce n'est pas vraiment du voyage. Mais à chacun son plaisir.
    Et puis, chaque voyage se vit différemment même si la destination est la même. C'est notre état d'esprit du moment et nos rencontres qui font la différence, et qui font naître l’authenticité… ou pas…
    Allez, bon voyage à tous, touristes ou voyageurs ! A votre choix...

    Pour approfondir le sujet, je vous recommande vivement la lecture de cet excellent article : Voy(ag)eurs à la recherche de l’authentique perdu 


    Aucun commentaire:

    Enregistrer un commentaire